Quand les employés d’Amazon, Microsoft, Google font grève pour le climat

Les entreprises sont sommées de se réinventer. Elles doivent trouver le moyen de concilier profit, impact environnemental et social. La prise de conscience est bel et bien là, tant du côté des employés que du côté des dirigeant.e.s. Les températures montent, le climat change, les scientifiques alertent le monde entier sur les effets déjà présents et à venir du changement climatique. Et les pressions arrivent de toutes part sur les entreprises et les politiques pour « trouver des solutions ». Ce 20 vendredi 20 septembre, les employés d’Amazon feront aussi grève pour le climat et pour réclamer de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, de mettre en place de réelles mesures pour contrer la crise climatique.

Cette pression extérieure, avant reléguée principalement aux ONG militantes, provient aujourd’hui des étudiants, des universitaires, des cadres et employés et des financiers. Dans leur Manifeste pour un réveil écologique, des milliers d’étudiants provenant de dizaines d’écoles supérieures et d’universités affirment « qu’ils refuseront de postuler et de travailler pour ses entreprises qui polluent ». Les premières lignes donnent le ton: « Nous, étudiants en 2018, faisons le constat suivant : malgré les multiples appels de la communauté scientifique, malgré les changements irréversibles d’ores-et-déjà observés à travers le monde, nos sociétés continuent leur trajectoire vers une catastrophe environnementale et humaine. » Et de poursuivre: «  Face à l’ampleur du défi, nous avons conscience que les engagements individuels, bien que louables, ne suffiront pas. En effet, à quoi cela rime-t-il de se déplacer à vélo, quand on travaille par ailleurs pour une entreprise dont l’activité contribue à l’accélération du changement climatique ou de l’épuisement des ressources ? Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes. »

En quelques semaines seulement, la campagne a reçu plus de 30000 signatures. Le recrutement est un élément clé de réussite et de compétitive d’une entreprise. Ne pas considérer l’impact environnemental est un risque que prend l’entreprise si elle veut recruter les meilleur.e.s.

Du côté de la finance, le nerf de la guerre, même son de cloche. Les fonds d’investissement et les banques tablent sur des investissements qui font sens et ont de l’impact. Exemple récent: le fonds souverain de la Norvège, le plus gros au monde avec plus de 1.000 milliards de dollars d’actifs, va devenir sensiblement plus vert en se désengageant davantage, mais pas totalement, des énergies fossiles. Désormais, le fonds devra cesser d’investir dans les entreprises produisant plus de 20 millions de tonnes de charbon par an ou plus de 10.000 MW d’électricité à partir de cette énergie fossile. Selon plusieurs groupes de défense de l’environnement, cette décision devrait l’obliger à vendre ses parts, d’une valeur de près de 5,2 milliards d’euros fin 2018, dans huit entreprises.

Cette pression externe devient aujourd’hui de plus en plus forte. On pourrait penser que la garantie de l’emploi et du salaire à la fin du mois pour les employés priment sur l’environnement. Et pourtant, aujourd’hui, on voit des milliers d’employés faire pression, de manière publique et engagée, sur leurs employeurs pour les forcer à mettre en ouvre des mesures concrètes pour réduire leur impact sur le réchauffement climatique.

Connue comme ayant des pratiques parfois à la limite du raisonnable envers ses employés, la société Amazon se voit forcée de réagir à l’appel de 1000 employés qui publiquement réclament à son fondateur Jeff Bezos, des mesures concrètes pour réduire l’impact du géant d’internet.

Le 9 septembre 2019, l’appel a été lancé sur le compte Twitter créé pour l’occasion: @AmazonEmployees forclimatejustice avec une vidéo choc et un message clair : « Nous voulons qu’Amazon s’engage à émettre zéro émissions d’ici 2030 (…); nous devons être les premiers à atteindre le zéro émissions et pas s’y atteler au dernier moment ».

Voici ce qu’on peut entendre des revendications des employés d’Amazon:

  • « I’m walking out because I feel climate change is the most imminent threat to humanity »
  • « I’m walking out to show solidarity with the youth leaders who have started the Fridays for the future movement »
  • « I’m walking out because it’s the right think to do »
  • « I’m walking out because Amazon doesn’t demonstrate the same leadership on climate change that I’m expected to demonstrate everyday on the job… »

Et de revendiquer:

« I’m walking out because Amazon needs to increase its transparency with regard to its carbon footprint… »
« We have an opportunity to change the story on the climate crisis »

Concrètement, les employés sont invités à rejoindre le mouvement et faire grève le vendredi 20 septembre 2019. L’appel est lancé et les employés d’Amazon ne sont pas les seuls à protester.

Microsoft aussi a son groupe d’employés engagés. On peut lire sur leur compte Twitter « Microsoft workers for good » qu’eux aussi se joindront au mouvement le 20 septembre prochain.

D’autres groupes, tels que Immediate climat action Group, qui regroupe des employés de l’entreprise Immédiate media, se joignent au mouvement.

Précédemment, le géant Google a du répondre à ses employés le 1er novembre 2018 quand 20% des employés de la firme ont fait grève pour protester contre le harcèlement sexuel, la mauvaise conduite, le manque de transparence et un milieu de travail qui ne convient pas à tous. C’était le 1er novembre 2018 et 20000 personnes y ont participé. Les salariés de Google ont également exprimé leur opposition à la participation de l’entreprise au projet Maven du Pentagone, visant à exploiter des technologies d’intelligence artificielle (IA) pour analyser des images de drones à des fins militaires. 4000 employés avaient alors signé une pétition contre ce projet. Google avait finalement mis un terme à ce partenariat et s’était engagé à ne jamais mettre ses technologies d’IA au service de l’armement. Un compte twitter vient tout juste d’être créé en septembre 2019 par les employés de Google pour rejoindre le mouvement de protestation pour le climat.

Cette pression externe, plus forte chaque jour, force les entreprises à répondre, à prendre des mesures et à les mettre à l’ordre du jour des plans stratégiques à moyen terme au même titre que la stratégie de croissance, de développement et de rentabilité financière. L’impact environnemental et particulièrement l’impact sur le réchauffement climatique des entreprises est plus que jamais monté en grade dans les priorités. Reste aux entreprises, petites, moyennes et grandes, à rapidement se réinventer, se challenger et collaborer avec ses équipes pour trouver des solutions, pour le bien de tous: bien-être des employés, investissements financiers intelligents et utilisés à bon escient, impact environnemental réduit, effet positif sur les écosystèmes et compétitivité accrue des entreprises qui prennent la décision de mettre la stratégie durable et environnementale sur le même pied d’égalité que la stratégie commerciale et financière.

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