Société

Quand je serai grand, je serai écologue circulaire.

Il y a quelques jours, mon neveu Hugo a passé quelques jours chez moi pour étudier ses examens au calme. A table, le soir, on discute de la démission de Nicolas Hulot, du changement climatique, de l’économie, de l’intérêt des mathématiques, de la magie du fonctionnement d’une cellule en biologie. Bref, on échange et on se questionne. On parle de crypto-monnaies, de blockchain, de la finance de demain. On parle d’intelligence artificielle. La discussion dévie vers un des grands enjeux de notre société moderne: le réchauffement climatique. Sur le thème du changement climatique et de l’urgence de changer nos modes de consommation, je m’emporte sur mes explications en affirmant, preuves à l’appui, qu’on est vraiment dans la mouise et qu’il y a urgence. Mon compagnon me fait les gros yeux et me dit de ne pas trop le paniquer, ce n’est qu’un adolescent après tout.

Arrive alors la question qu’Hugo me pose et qui m’amène à écrire cet article aujourd’hui: « Si je voulais pouvoir faire quelque chose pour la planète, qu’est-ce que je pourrais étudier? » Calme plat. Les réponses s’entrechoquent dans mon esprit et je ne parviens pas à lui donner une réponse claire. Parce que je sais qu’on a plus 30 ans devant nous pour sauver le climat. Parce que je sais qu’il y a urgence. Parce que la technologie avance vite, très vite. Parce que je sais qu’il finira ses études dans 4, 5 ou 7 ans grosso modo et que le monde aura bien changé quand il aura un diplôme en poche. Et par dessus tout, je suis d’avis que chacun doit avant tout trouver sa place dans la société, quelle qu’elle soit, en fonction de ses envies et de ses compétences.

Hugo vient d’avoir 16 ans. Il fait partie de la génération Z, cette génération digital native, née avec internet. Il trouve une information en moins d’une seconde sur son smartphone. Il a en permanence 50 notifications de Snapchat, Instagram, WhatsApp et Facebook. Dans 2 ans, Hugo aura 18 ans et il devra choisir ce qu’il voudra faire plus tard comme métier. Sauf que « plus tard » est un monde incertain. Incertain quant aux évolutions technologiques (aurons-nous tous un robot électro-ménager humanoïde à la maison?), aux changements climatiques et au monde économique tout court.

Plus tard, Hugo vivra pour de vrai l’épuisement des ressources. Ses yeux s’écarquillent quand je lui dis que dans le monde, l’équivalent en métaux d’une tour Eiffel est consommé toutes les 3 minutes. Peut-être parlerons-nous du plastique à l’imparfait. Plus tard, Hugo expliquera à ses enfants que la ville où sont nés les réseaux sociaux qui ont révolutionné la communication entre humains tels que Facebook, Instagram et Snapchat s’appelait San Francisco, mais qu’elle a été submergée par la montée des océans.

Les nombre d’événements marquants ne cesse d’augmenter, les effets du réchaufrfement climatique sont bel et bien là.

Comment conseiller un adolescent de 16 ans sur ce qu’il pourrait étudier pendant les 7 prochaines années? Comment savoir si le métier de banquier existera toujours ou si l’intelligence artificielle l’aura remplacé? Comment étudier des compétences qui ne sont pas encore des métiers aujourd’hui?

A chaque orientation, on se heurtait à un écart entre ce qui est appris aujourd’hui et le monde qui nous attend. Une école de commerce pour pouvoir travailler dans les affaires? J’ai étudié dans une école de commerce et je sais qu’une partie de ce qu’on apprend aujourd’hui ne sera plus valable demain. On ne peut plus apprendre aux jeunes à faire impérativement du profit à l’infini et de croitre à tout prix dans un monde aux ressources finies. Ingénieur agronome pour trouver des nouveaux moyens de faire de l’agriculture? Apprend-on la permaculture en agronomie? Entrepreneur? Cordonnier? Electricien? Ingénieur du son? Comédien?

Ou encore…

Expert en sourcing rudologique, expert en scalométrie industrielle, écologue circulaire, architecte micro-énergéticien, urgentologue en projection. 5 métiers que mon correcteur orthographique souligne en rouge car inconnu au bataillon du dictionnaire de la langue française. Et pourtant, ce sont 5 métiers que le groupe CNIM a fait émerger dans une récente analyse sur les métiers à venir en 2030.

La transition vers une économie durable, peu consommatrice de ressources, en accord avec la nature, amène à repenser l’emploi et les métiers.

Une récente étude sur les métiers de demain menée auprès de lycéens âgés de 16 à 18 ans a montré que ce qui compte le plus dans leur futur métier est « d’avoir une dimension internationale » (47%) et « d’avoir un impact sur le monde » (46%). Même tendance dans les réponses à la question ouverte « Décrivez votre métier de demain »: on retrouve principalement le fait de voyager, d’être en contact avec l’étranger, et d’avoir un lien avec la préservation de l’environnement ou du moins d’être respectueux de l’environnement.

« J’aimerais exercer un métier proche de la nature pour protéger l’environnement afin de lutter pour un monde meilleur au quotidien. De plus, je ne me vois pas enfermé dans un bureau tous les jours », écrit l’un d’entre eux. « J’aimerais être biochimiste pour créer des énergies vertes grâce au vivant. Que tout s’auto-suffise. » « Trouver le moyen que les énergies soient créées dans un cercle vertueux », écrit un autre.

« Alors, j’étudie quoi? » Il n’y a pas de réponse précise à cette question. En revanche, à la fin de notre discussion, des pistes de réflexions ont été lancées dans son esprit. Il n’a que 16 ans et sera celui qui demain contribuera à protéger notre planète. De mon côté, j’ai conclu notre discussion en disant que j’allais lancer une école. Qu’il y aurait des cours d’agriculture urbaine, de cuisine pour apprendre à manger de saison et bio, des cours d’économie circulaire pour comprendre et agir, des cours pour apprendre à recycler les smartphones et autres objets, des cours de revalorisation des déchets, des cours de biologique pour comprendre de quoi nous sommes formés, des cours de technologie avancée pour comprendre comment l’humain en est arrivé à un tel stade d’évolution technologique, des cours de créativité, de dessin, de langues, des cours d’entrepreneuriat pour apprendre à réaliser un business plan pour ceux qui auraient envie de devenir entrepreneur. Réaction d’Hugo: « trop génial je viendrai dans ton école moi! ».

Je ne lancerai pas d’école demain (un jour peut-être), mais je commencerai par intervenir bientôt dans quelques cours et j’en suis ravie. Dans nos discussions, Hugo a évoqué la météorologie. Il a peut-être un échec en mathématiques mais il adore les statistiques. Et du coup il se dit qu’il pourrait allier météo et statistiques pour mieux comprendre et anticiper les changements. En même temps, en évoquant la piste entrepreneuriale, je lui suggérais de monter une entreprise dans le recyclage de Smartphones. En effet, on retrouve dans la composition du téléphone portable des éléments tels que l’or, le cuivre, l’argent, le palladium, qui sont des ressources considérées comme dans un état critique selon les Nations Unies car sont vouées à disparaître. Or, on pourrait très bien réutiliser ce qui existe plutôt que de continuer à extraire. On évalue la concentration d’une très bonne mine à 5 grammes d’or par tonne de minerai, tandis qu’elle est en moyenne de 200 grammes d’or par tonne de cartes électroniques. Je vois une étincelle dans ses yeux. Parce que je parle de Smartphone mais aussi d’une éventualité qui le séduit.

Réparer, recycler, valoriser les déchets, étudier le climat pour mieux s’y adapter, entreprendre dans l’économie sociale et solidaire, faire de l’agriculture durable, sont autant de pistes positives pour l’avenir. Antiquaire et cordonnier seront certainement des métiers revalorisés demain (et je le souhaite). Parce que ce sont des métiers qui vont dans le sens de l’économie circulaire et luttent contre la fin de vie du produit.

Les jeunes ont besoin d’être inspirés, de comprendre, de croire en l’avenir et d’être prêts à construire le nouveau monde. C’est à nous de les guider, de les informer, et de leur montrer que de nouveaux métiers existent, que le plus important est de trouver sa place dans la société, d’être heureux et en harmonie avec son environnement.

8 thoughts on “Quand je serai grand, je serai écologue circulaire.

  1. Excellent article Stéphanie, tu pourrais conseiller à Hugo de lire les livres de Pierre Rhabi, qui est un paysan philosophe qui prône la décroissance, il parle de sobriété heureuse. Il donne régulièrement des conférences, c’est un homme intelligent à suivre, un exemple. Il a notamment une ferme en Ardèche.Et je pense aussi que l’économie circulaire est une solution. Bisous 😘 Françoise

    1. Très bonne idée Françoise! Je connais aussi 🙂 Je lui conseillerai. J’ai aussi dans les plans que nous regardions ensemble le film Demain pour pouvoir débattre et échanger sur ces sujets !

  2. Salut Stéphanie, ton histoire est très intéressant et m’interpelle au premier plan (nos filles ont 16 ans! J’y répond avec une petite histoire qui présente certaines similitudes et qui avance peut-être quelques pistes pour Hugo.
    Nous avons passé nos vacances avec le filleul de Caro (mon épouse) qui termine ses humanités et est passionné de permaculture et d’écologie. Cette passion est concrète, il a créé son potager, il va se renseigner régulièrement chez les producteurs bio locaux, il dévore toutes les vidéos Youtube qui parle de permaculture, il a déjà réalisé 2 stages en France, il connait des échecs dans ses cultures mais il tient bon ! Il fait tout pour tendre vers le zéro déchets, achète d’occasion à chaque fois que c’est possible, consomme le moins possible d’ailleurs,…
    Il a décidé de partir une année en woofing pour rencontrer des gens, vivre des situations concrètes, des diversités de pratiques, échanger et comprendre. Il vient de partir dans le sud de l’Angleterre il y a quelques jours (http://hayefarmdevon.co.uk), ensuite ce sera la Bolivie puis la Nouvelle Zélande… Je suis en admiration !
    Sa question était toute simple: « aAprès cette année qu’est-ce que je fais? »… « Je n’ai absolument pas envie d’aller à Gembloux (ou autres unifs) étudier des méthodes auxquelles je ne crois pas »… Apparemment aucune école ou université classique n’enseigne réellement la permaculture, dans le meilleur des cas cela fait l’objet d’un petit cours complémentaire…
    « Est-ce que dans ce domaine, je ne ferais pas mieux de poursuivre en autodidacte en allant pendant 2 ou 3 ans découvrir les bonnes pratiques sur le terrain plutôt que d’obtenir un beau diplôme qui me sera inutile ? ».
    Je pense qu’il a fondamentalement raison mais cela signifie n’avoir aucun diplôme (ce qui pour notre génération est très déstabilisant) mais cela est largement compensé par l’acquisition, la connaissance et la maitrise d’un savoir fantastique et concret… probablement bien plus valorisable à l’avenir qu’un bout de papier 🙂
    Discussion à suivre après cette année bien sûr…
    C’est cette génération qui changera les choses mais malheureusement elle héritera d’une situation très très problématique 🙁

    1. Bonjour Olivier! Merci pour ton partage d’expérience, qui me réjouit!! C’est justement ce type de parcours, qui je pense, seront les parcours les plus pertinents pour demain. Je crois que la question du « pas de diplôme » est une question « tabou ». L’expérience est je pense la meilleure des écoles. Par rapport à l’agronomie, j’ai dit exactement la même chose… que puisque c’est la permaculture qui est la solution, pourquoi étudier 5 ans quelque chose de complètement désuet? En tous cas, le parcours de ton filleul est vraiment intéressant, je serai ravie de pouvoir l’interviewer !

  3. Salut Stéphanie,
    Je viens de finir un master en ingénieur géologue à l’Ulg. J’ai choisi la finalité en hydrogéologie et environnement, mais il existe une finalité en mines et recyclage. On y voit bien sur le fonctionnement des mines, les techniques d’extraction etc, mais aussi tout l’aspect gestion durable des ressources minérales et recyclage. Le labo est vraiment actif dans ce domaine, particulièrement pour la séparation des métaux dans les smartphones. La recherche avance, on y croit 😉
    Merci pour ton article !

    1. Merci beaucoup Agathe pour ton commentaire très intéressant ! On y croit oui! Le recyclage, surtout pour les métaux rares est aussi une grande priorité et je pense qu’il y a urgence à mettre en exécution des grands projets industriels qui vont dans ce sens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *